L’Art « populaire ». Un art accessible à tous ?

Quand nous pensons « art populaire », nous pensons à un art parfaitement ancré dans notre culture, qu’elle soit locale ou universelle. Un art que nous avons un jour croisé dans notre vie, parfois même sans que nous y ayons prêté attention. Mais dans cas, pourquoi le qualifie-t-on d’art ? Comment est-il venu à nous malgré la différence entre amateur et collectionneur d’art ? Perdrait-il alors de sa valeur malgré tout dans le Marché de l’art et la société actuelle ?

Avant tout chose, posons les bases et rappelons dans un premier temps les définitions de ces deux mots. Selon le Larousse, Art signifie « création d’objets ou de mises en scène spécifiques destinées à produire chez l’homme un état particulier de sensibilité, plus ou moins lié au plaisir esthétique ». Et Populaire « qui s’adresse au peuple, au public le plus nombreux, qui est conforme aux goûts de la population la moins cultivée ».

Que pouvons-nous en déduire si nous regroupons ces deux mots ensemble ? Qu’il s’agirait donc d’un art issu de la culture de masse, reconnu et apprécié comme étant de l’art par la majorité de la population, qu’elle soit connaisseuse ou non.

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Andy Warhol Turquoise Marilyn 1962 Acrylique sur toile, sérigraphie

Nous allons vous surprendre et prendre des exemples qu’étrangement vous connaissez. Si je vous dis Andy Warhol ? Oui ce nom vous parle. Mais si vous ne vous considérez pas grand connaisseur en Histoire de l’art, vous allez me répondre logiquement : « oui mais je connais peu son œuvre ». Certes. Et pourtant vous la connaissez. Pourquoi ? Parce qu’à un moment dans votre vie, vous avez aperçu une œuvre de lui. Sans doute, vous en possédez une reproduction. Marilyn Monroe par exemple. Vous l’avez aperçu où ? Au Musée ? En reproduction chez un ami ? Sur des objets de la culture de masse (agendas, tee-shirts, etc.). Oui, tel était le but de ce cher Andy Warhol. En devenant aux États-Unis un des principaux artistes d’un courant appelé le Pop Art (‘art populaire’ en français).

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Robert Indiana Sculpture ‘Love’, 1970 New York, États-Unis

Faisons un peu d’histoire rapidement : fin des années 50, nous sommes en plein boom culturel. C’est le début des Trente Glorieuses. Le Pop Art prend alors sa source dans cette culture de la consommation en extrayant des objets de leur contexte, pour ensuite les isoler. Cette démarche apporte ainsi un tout autre regard à l’image. Par ailleurs, elle souligne aussi la place importante qu’ont les publicités et médias sur nos décisions de consommateurs. Des œuvres de grands maîtres comme Roy Lichtenstein, Keith Haring, Robert Indiana apparaissent, et font parties aujourd’hui des œuvres les plus chères du Marché de l’art. Et pourtant, même si vous ne possédez pas un de ces célèbres Love, vous avez déjà vu ou peut-être eu ces artistes dans votre quotidien.

Donc, posons-nous la question de l’accessibilité : si en effet ces œuvres issues de l’« Art Populaire » coûtent très chères, ou ne sont destinées qu’à des musées, comment avons-nous réussi à y accéder, autre que les livres et les reportages ? Comment pouvons-nous les posséder ? Quels seraient les médiums utilisés ? Des pistes : consommation de masse, donc médiums accessibles à tous, qui se faufileraient dans notre vie, parfois sans que nous nous en apercevions. Des médiums produits alors en masse. Nous pensons à quoi ? Photographie, impressions, bandes dessinées, dessins animées, mangas, publicités, etc. En clair les médiums utilisés à la base par ces artistes, mais dont le rôle a été conservé, parfois détourné.

Si je vous dis des noms d’artistes comme Jeff Koons ? Ben ? Masamune Shirow? Vous allez me dire : « oui le nom me parle ». Vous allez probablement même me citer des œuvres de ces auteurs, et surtout vos sources : « celui qui écrit sur des agendas », « celui qui a exposé à Versailles », « l’auteur de ‘Ghost in the Shell’ ». À un moment donc, cet art s’est présenté à vous, probablement sans que vous vous disiez « oui c’est de l’art populaire ». Et bien c’est le même principe : image de la consommation de masse, isolement, contemplation, valeur, production de masse vers le Marché de l’art et les produits de consommations, diffusion de l’image artistique.

Prenons l’exemple de Ben. Cet artiste qui écrit en blanc sur fond noir des phrases amusantes. Il a eu l’ingéniosité d’insérer son œuvre dans des objets de la vie de tous les jours : agendas, carnets, stylos, etc. Une œuvre qui collait parfaitement avec cette idée de consommation. La diffusion de l’image était totale. Cependant, des toiles de l’artiste continuent d’être vendues dans le Marché de l’art à plusieurs milliers d’euros. Mais chacun peut avoir son petit Ben dans sa poche en l’appréciant tout autant sans que sa côte ne baisse. Au contraire, la côte de l’artiste est entretenue grâce à cette démarche.

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‘Ghost in the Shell’, bande dessinée Parution de 1991

Autre exemple, Shirow Masamune, l’auteur de ‘Ghost in the Shell’. D’abord publié au début des années 90 dans le journal japonais Young Magazine, ce manga connut une véritable consécration avec ses films d’animations et jeux vidéo. Même principe. Nous trouvons aussi dans les ventes aux enchères des planches ou magazines de l’époque de ce manga, vendus très chers. Les collectionneurs s’arrachent ces archives qui symbolisent l’évolution de ce manga, dont ils prendront le soin d’encadrer. Et pourtant, les films d’animations sont accessibles à tous sur internet. Il en va de même avec les jeux vidéo dans le commerce. Mais ils ne font que donner encore plus de valeur à ce manga.

En conclusion, l’art dit ‘populaire’ est-il accessible à tous ? L’image oui. Sa valeur, même si elle ne reste accessible qu’à un petit groupe de collectionneurs fortunés capables d’acheter les sources de cette image, c’est ce que nous faisons de l’image qui rend sa valeur plus riche, par cette diffusion dans notre société de consommation. Plus l’image sera connue, plus elle aura de la valeur. En d’autres termes, nous avons tous un rôle à jouer, quelque soit notre portefeuille.

Sophie Mahon

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